Vente à emporter et livraison ne sont plus des options : elles font partie du socle de toute activité de restauration rapide. La question n'est plus de savoir s'il faut s'y mettre, mais par quel canal.
Et ce canal a changé de visage. Le marché français s'est concentré : Just Eat a cessé ses activités en France en décembre 2024, et Deliveroo est passé sous contrôle de l'américain DoorDash en octobre 2025, la marque étant maintenue. Deux acteurs se partagent désormais l'essentiel du marché.
Nombreux sont les restaurateurs indépendants, franchisés ou entrepreneurs food qui se demandent, au moment de lancer leurs options omnicanales, s'il est pertinent, dangereux ou au contraire inévitable de passer par Uber Eats ou Deliveroo. Voici de quoi arbitrer avec des chiffres plutôt qu'avec des impressions.
Plateforme de livraison : une visibilité immédiate mais à quel prix ?
Comment fonctionnent les plateformes de livraison
Uber Eats, Deliveroo… Ces plateformes mettent rapidement un restaurant en relation avec une large clientèle. Elles gèrent la logistique, le paiement, la mise en avant marketing, et prélèvent une commission sur chaque commande.
Un point qu'on ignore souvent : elles ne vendent plus seulement de la marketplace. Uber Eats commercialise aussi de la livraison depuis votre propre site, sans référencement dans l'application. L'opposition entre « plateforme » et « canal direct » est donc moins tranchée qu'il n'y paraît.
Commissions : 15, 30 ou 33 % selon le palier choisi
Il n'existe pas un taux unique. Uber Eats structure son offre en trois paliers qui arbitrent visibilité contre marge, auxquels s'ajoute un abonnement hebdomadaire de 1,99 €.
Attention au palier à 15 %. Ses conditions sont explicites : les clients doivent chercher votre enseigne par son nom exact pour vous trouver, vous ne pouvez créer ni annonce sponsorisée ni offre promotionnelle, et vous fournissez votre propre tablette. Vous payez donc une commission sur des clients qui vous connaissaient déjà. Ce palier n'a de sens que comme sortie progressive, le temps de construire votre propre canal.
Le Premium à 33 % mérite un calcul. Trois points supplémentaires contre un cofinancement publicitaire plafonné à 150 € par mois : le seuil de neutralité se situe autour de 5 000 € de chiffre d'affaires mensuel. En dessous, vous êtes gagnant. Au-dessus, ces trois points vous coûtent plus que ce qu'ils vous rapportent.
Trois précisions que les grilles laissent dans l'ombre. Ces taux sont exprimés hors taxes : la TVA de 20 % s'ajoute sur la facture, mais elle est récupérable. Ils s'entendent avant les frais annexes. Et ils sont négociables à partir d'un certain volume, ce qui n'est jamais proposé spontanément.
Chez Deliveroo, le fonctionnement diffère : aucune grille publique française n'est publiée. Le taux applicable se lit dans votre offre commerciale et votre contrat, puis se vérifie sur les factures du Portail Partenaire. Deliveroo propose par ailleurs une formule permettant d'assurer vous-même la livraison, avec vos propres zones et frais.
Quel impact sur votre marge, votre image et la fidélisation client ?
La relation client est déléguée. Vous ne maîtrisez ni les données clients, ni l’expérience post-achat. Cela limite les possibilités de fidélisation et peut nuire à votre image de marque.
Sur la marge, un réflexe à prendre : votre taux réel n'est pas votre taux contractuel.
Prenons un cas de figure. Un établissement réalise 6 000 € de chiffre d'affaires sur une plateforme, à 28 % de commission contractuelle, soit 1 680 €. Mais sa facture porte aussi 120 € de promotions supportées et 80 € d'ajustements, moins 40 € d'avoir. Coût réel : 1 840 €, soit un taux effectif de 30,7 %. Près de trois points d'écart.
Les postes qui creusent cet écart sont toujours les mêmes : promotions cofinancées acceptées sans arbitrage, remboursements clients non contestés, publicité sponsorisée rarement mesurée, annulations. Reprenez trois mois de factures et calculez votre coût total divisé par votre chiffre d'affaires plateforme. C'est souvent ce calcul qui déclenche la décision.
Sur l'image, un élément nouveau à intégrer : Deliveroo a déployé en France une fonctionnalité comparant les prix affichés sur la plateforme à ceux pratiqués en établissement. La pratique consistant à gonfler ses prix pour absorber la commission devient donc visible du client.
La dépendance technologique et commerciale à long terme
En cas de baisse de visibilité ou de changement d’algorithme, votre activité peut être impactée sans préavis. Cette dépendance à un tiers peut mettre en péril votre modèle économique.
Ce risque n'est plus théorique. Les restaurateurs qui s'appuyaient majoritairement sur Just Eat ont vu leur canal disparaître en quelques semaines lors de son retrait du marché français. Ceux dont l'activité reposait sur Deliveroo dépendent désormais des orientations d'un groupe américain qui n'était pas présent en France il y a deux ans.
Une dépendance forte à un canal que vous ne contrôlez pas, c'est un risque d'exploitation au même titre qu'un fournisseur unique.
La commande en ligne directe : une stratégie plus rentable et durable
Vous récupérez vos marges et vos données clients
Avec une solution directe, vous ne supprimez pas tout coût : vous en changez la nature. Vous passez d'un prélèvement variable sur chaque euro encaissé à un coût fixe et prévisible — une licence mensuelle, des frais de paiement de l'ordre de 1,5 %, et un budget d'acquisition.
La différence tient en une phrase : sur une plateforme, plus vous vendez, plus vous payez. En direct, plus vous vendez, plus vous amortissez.
Concrètement, sur un panier moyen de 25 €, une commande basculée en direct économise environ 6,90 € : 7,50 € de commission évitée contre 0,63 € de frais de paiement.
Une expérience client maîtrisée, du parcours jusqu’au panier
De la page de commande jusqu’à la livraison ou le retrait, vous contrôlez entièrement le parcours. Cela permet une cohérence parfaite avec votre image de marque.
Construire une relation client durable grâce à la fidélisation
Vous pouvez mettre en place des programmes de fidélité, collecter des avis, relancer vos clients par e-mail ou SMS... autant d’actions impossibles via une plateforme tierce.
Quels outils pour mettre en place une solution directe efficace ?
Des solutions comme Innovorder permettent de déployer un module de commande en ligne pour restaurant rapide à intégrer à votre site et pensé pour maximiser vos conversions.
Le frein opérationnel le plus courant n'est pas technique, il est organisationnel : multiplier les canaux, c'est multiplier les tablettes et les doubles saisies. Des intégrations avec les plateformes de livraison permettent de faire remonter les commandes Uber Eats et Deliveroo directement en caisse et en cuisine, aux côtés des commandes directes. Vous gardez les deux canaux sans doubler la charge de travail en service.

Comment réussir la livraison de vos commandes en ligne ?
Je me lance en livraison : dois-je directement frapper à la porte d’Uber Eats ?
N'y allons pas par quatre chemins : à moins de disposer d'un fichier clients conséquent et d'une communauté engagée, il est difficile de faire connaître rapidement sa commande en ligne. Il faut le temps que la sauce prenne.
Les plateformes jouent là un rôle réel : elles vous rendent visible auprès de gens qui ne vous connaissent pas, gèrent la logistique et les opérations marketing. Pour un lancement ou une ouverture, c'est un accélérateur difficile à répliquer seul.
Pour autant - et c'est un « pour autant » particulièrement important - s'en remettre uniquement aux marketplaces est une erreur à éviter. Vous risquez de devenir totalement dépendant, de ne créer aucun lien avec vos nouveaux clients, et d'assumer des commissions élevées sur chaque commande une fois que les consommateurs auront pris l'habitude de passer par un tiers pour commander chez vous.
Livrer depuis votre propre site : la livraison au forfait
Un point que peu de restaurateurs connaissent : vous pouvez utiliser le réseau logistique d'une plateforme sans figurer sur sa marketplace. Uber Eats propose ce service à partir de 5,90 € HT par livraison. C'est un forfait fixe, pas une commission.

La bonne approche : diversifier ses canaux de vente
Pour que votre offre fonctionne, plusieurs dimensions doivent être réunies :
- La notoriété du service (et donc la visibilité de votre enseigne)
- L'expérience client (facilité de commande, de livraison, de récupération...)
- La maîtrise des coûts (arbitrage entre budgets dédiés au marketing, à l'emailing et ceux consacrés aux commissions).
Reste à savoir ce que cette diversification rapporte concrètement. Prenons un panier moyen de 25 €, une commission de 30 %, une licence de commande en ligne de l'ordre de 140 € par mois, et un scénario où 30 % des commandes basculent en direct.
Un point de vente à 5 000 € de CA livraison par mois dépense environ 1 509 € en commissions s'il passe tout par les plateformes. En basculant un tiers de ses commandes en direct, il descend à 1 236 €, soit près de 3 270 € récupérés sur l'année.
À 15 000 € par mois, l'écart passe de 4 509 € à 3 411 €, soit 13 200 € par an.
À 30 000 € par mois, de 9 009 € à 6 674 € : 28 000 € par an, l'équivalent d'un poste à temps plein.
Trois leviers, du plus rentable au moins rentable :
- Vos clients déjà en salle. QR code, mention sur le ticket de caisse, affichage. Coût quasi nul, conversion élevée.
- Vos clients acquis via plateforme. Un flyer dans le sac de livraison avec une offre réservée au premier achat direct. Le coût d'acquisition d'un client déjà venu chez vous se compte en dizaines de centimes, contre 6,90 € économisés sur chacune de ses commandes suivantes.
- Le click & collect en priorité. C'est le volume le plus simple à récupérer : pas de logistique, pas de flotte, marge intacte. Une commande à emporter passée via une plateforme, c'est une commission payée pour un client qui vient physiquement chez vous.
Une diversification de votre présence est donc une approche sûre, puisqu'être présent sur des marketplaces permet de bénéficier d'une visibilité qui peut coûter plus cher à construire soi-même.
L'idée est de maximiser votre offre sur ces plateformes pour faire connaître votre marque et récupérer plus facilement une partie de ce trafic en direct, via votre propre commande en ligne (sans coûts intermédiaires et de manière à fidéliser de manière directe).
Quel que soit votre choix de départ, pensez donc à construire une vraie stratégie de communication pour maîtriser votre image et vous faire connaître de vos marchés cibles, abaisser votre dépendance aux sites tiers et attirer une clientèle de quartier de plus en plus demandeuse de contacts en direct.

Ajouter une pincée d'annonces payantes
Un point d'honnêteté, parce qu'il est rarement dit : le canal direct ne se remplit pas tout seul. Une plateforme vend de la visibilité, une solution de commande en ligne vend un outil. La différence de coût est réelle, mais elle se paie en travail d'acquisition - référencement local, fiche établissement à jour, base client alimentée et exploitée.
Ce travail a toutefois une propriété que la commission n'a pas : il capitalise. Un client acquis en direct reste acquis. Une commission payée est payée à chaque commande, indéfiniment.
C'est pour cette raison que les enseignes qui réduisent le plus fortement leur dépendance ne sont pas celles qui ont claqué la porte du jour au lendemain. Ce sont celles qui ont fait basculer progressivement leur clientèle récurrente, en gardant les plateformes pour ce qu'elles font le mieux : faire découvrir l'enseigne à ceux qui ne la connaissent pas.
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