12 h 10, un mardi. Une commande arrive sur votre site : deux formules à emporter, réglées avec une carte titre-restaurant. Une minute plus tard, un autre client tente de payer sa livraison avec la même carte et le paiement est refusé. Il appelle le restaurant pour comprendre. Ce genre de situation va devenir plus fréquent : la réforme du titre-restaurant, en cours d'examen au Parlement, rend le titre 100 % dématérialisé et ouvre explicitement la commande à distance.
L'essentiel : L'Assemblée nationale a adopté le 12 octobre 2026 une proposition de loi qui rend le titre-restaurant entièrement dématérialisé au 1er janvier 2028 et autorise son usage pour les commandes à distance. Les députés avaient exclu les plateformes de livraison ; la commission des affaires sociales du Sénat a supprimé cette exclusion le 3 novembre. Le texte est débattu en séance au Sénat le 19 novembre 2026 et n'est pas encore définitif. Une règle, elle, s'applique déjà : les frais de livraison et de service ne peuvent pas être payés en titres-restaurant.
Ce que prévoit la réforme du titre-restaurant (état au 6 novembre 2026)
La proposition de loi visant à moderniser et rééquilibrer le fonctionnement du titre-restaurant a été adoptée par l'Assemblée nationale le 12 octobre 2026, par 87 voix pour et aucune contre. Le gouvernement a engagé la procédure accélérée : après le vote du Sénat, une commission mixte paritaire pourra être réunie si les deux chambres ne s'accordent pas.
Pour un restaurateur, les mesures à retenir sont les suivantes :
- Dématérialisation complète au 1er janvier 2028 : le titre-restaurant ne pourra plus exister qu'en carte ou en application. Les titres papier disparaissent.
- Commande à distance ouverte : le texte autorise l'achat d'un repas auprès d'un restaurant affilié, y compris à distance (click & collect, drive, livraison).
- Dimanches et jours fériés : le titre deviendrait utilisable tous les jours, et non plus seulement les jours travaillés.
- Validité allongée : l'Assemblée a porté la durée d'utilisation à trois ans.
- Courses alimentaires : l'achat de produits alimentaires non directement consommables reste autorisé jusqu'au 31 décembre 2027.
- Commissions des émetteurs : elles pourront être plafonnées par décret, après avis de l'Autorité de la concurrence.
La commission du Sénat a aussi introduit un double plafond journalier : un plafond majoré pour les repas, un autre pour les courses. Les montants seront fixés par voie réglementaire. Le plafond actuel reste de 25 euros par jour.
👉 Pour aller plus loin : Tickets-restaurant : tout savoir sur la réglementation en vigueur
Plateformes de livraison : l'Assemblée et le Sénat ne sont pas d'accord
C'est le point qui a fait le plus parler. Lors de l'examen à l'Assemblée, un amendement a été adopté pour empêcher l'homologation des plateformes de livraison de repas : un client n'aurait plus pu payer en titre-restaurant une commande passée sur ces applications. La commande sur le site ou l'application du restaurant, elle, restait autorisée.
Le 3 novembre, la commission des affaires sociales du Sénat a supprimé cette disposition. Son rapport avance trois arguments :
- La règle est déjà satisfaite : la réglementation interdit déjà de payer les frais de service et de livraison en titres-restaurant.
- Elle serait inefficace : le paiement des aliments est versé directement au restaurant, quelle que soit la plateforme utilisée.
- Elle poserait un problème d'égalité : une même livraison serait payable en titre-restaurant si le restaurant livre lui-même, mais pas si elle passe par une plateforme.
À ce stade, rien n'est tranché. Le texte sera débattu en séance le 19 novembre, et la version définitive dépendra de la suite de la navette parlementaire. Aujourd'hui, le paiement en titre-restaurant reste possible sur les applications de livraison pour la part qui correspond aux aliments.
Ce qui s'applique déjà à une commande en ligne payée en titre-restaurant
Quelle que soit l'issue du vote, plusieurs règles encadrent déjà le paiement en titre-restaurant d'une commande passée à distance. Elles expliquent la plupart des paiements refusés que les clients signalent aux restaurateurs.
- Les frais de livraison et de service ne sont pas éligibles. Si votre commande en ligne ajoute des frais de livraison, le client doit les régler autrement, par exemple par carte bancaire.
- Le plafond journalier s'applique : 25 euros par jour aujourd'hui. Une commande de 32 euros ne peut pas être réglée intégralement en titre-restaurant.
- Tous les produits ne sont pas éligibles. Les boissons alcoolisées, par exemple, sont exclues. Une commande qui en contient ne peut être payée en titre-restaurant que pour la part éligible.
- Le restaurant doit accepter le titre de l'émetteur concerné. Chaque émetteur a ses propres conditions d'affiliation, à vérifier avant d'afficher ce moyen de paiement.
Prenons un exemple : un client commande en livraison une formule à 14,50 euros, un dessert à 4 euros et une bière à 4,50 euros, avec 3 euros de frais de livraison. Seuls 18,50 euros sont payables en titre-restaurant. La bière et la livraison, soit 7,50 euros, doivent être réglées par un autre moyen de paiement.
Pourquoi la commande en ligne en direct reste un levier, quelle que soit l'issue du vote
Que les plateformes restent éligibles ou non, la réforme pousse dans la même direction : des titres 100 % dématérialisés, utilisables à distance et tous les jours. Pour un restaurant de quartier, une enseigne de restauration rapide ou un réseau de franchise, la commande passée en direct présente trois avantages concrets.
Une marge préservée
Sur une plateforme, le restaurant reverse une commission sur chaque commande, souvent autour de 30 %. Sur son propre site, il ne paie que les frais de paiement. Pour un panier réglé en titre-restaurant, la différence est la même : la commission de l'émetteur du titre s'applique dans les deux cas, celle de la plateforme non.
Le click & collect, le format le plus adapté au titre-restaurant
Sans frais de livraison, une commande en click & collect peut être réglée intégralement en titre-restaurant, dans la limite du plafond. C'est le format le plus simple pour le salarié qui commande son déjeuner le matin depuis son bureau et le récupère à midi, sans file d'attente.
Le client reste le vôtre
Sur votre site, la commande, l'historique et les coordonnées du client restent dans votre outil. Vous pouvez le recontacter, lui proposer votre programme de fidélité et suivre ce qu'il commande, ce qu'une plateforme ne vous permet pas.
Avec la commande en ligne Innovorder, le paiement par titre-restaurant dématérialisé peut être activé pour plusieurs émetteurs. L'éligibilité se règle produit par produit dans le catalogue, ce qui évite de proposer le titre-restaurant sur une commande qui contient de l'alcool, et le plafond journalier est contrôlé automatiquement. Selon l'émetteur, le client peut régler la part non éligible par carte bancaire dans la même commande.
👉 Pour aller plus loin : Commande en ligne : 9 raisons de se passer des plateformes pour votre restaurant
La checklist pour accepter le titre-restaurant sur votre commande en ligne
- Lister les émetteurs que vos clients utilisent le plus et vérifier votre affiliation auprès de chacun.
- Activer le paiement par titre-restaurant sur votre commande en ligne, émetteur par émetteur, et pour chaque mode de retrait (à emporter, livraison).
- Paramétrer l'éligibilité des produits dans votre catalogue : boissons alcoolisées et autres produits exclus doivent être identifiés.
- Prévoir le paiement des frais de livraison par un autre moyen, et l'indiquer clairement au client avant le paiement.
- Afficher « titres-restaurant acceptés » sur votre page de commande et en vitrine : c'est souvent ce qui fait choisir votre site plutôt qu'une application.
- Suivre la fin de la navette parlementaire, à partir du débat au Sénat du 19 novembre, pour ajuster votre organisation au texte définitif.
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FAQ
Peut-on payer une commande en ligne avec un titre-restaurant ?
Oui, auprès d'un restaurant qui accepte le titre de l'émetteur concerné, dans la limite du plafond journalier et pour les seuls produits éligibles. La réforme en cours inscrit explicitement cette possibilité dans la loi.
Les frais de livraison sont-ils payables en titre-restaurant ?
Non. Les frais de livraison et de service sont exclus du paiement par titre-restaurant et doivent être réglés par un autre moyen.
Les titres-restaurant seront-ils interdits sur Uber Eats et Deliveroo ?
Ce n'est pas tranché. L'Assemblée nationale a voté une exclusion des plateformes de livraison le 12 octobre 2026, mais la commission des affaires sociales du Sénat l'a supprimée le 3 novembre. Le texte est débattu au Sénat le 19 novembre 2026, et la version définitive dépendra de la suite de la navette parlementaire.
Quand le titre-restaurant papier disparaîtra-t-il ?
Selon le texte en discussion, le titre-restaurant sera exclusivement dématérialisé à partir du 1er janvier 2028. Cette date reste à confirmer par le vote définitif de la loi.
Sources
- Sénat — Rapport n° 141 (2026-2027) de la commission des affaires sociales, examen des articles
- Assemblée nationale — Dossier législatif « Moderniser et rééquilibrer le fonctionnement du titre-restaurant »
- Selectra — Titres-restaurant et plateformes de livraison, octobre 2026
- TPE Actu — Titres-restaurant : ce que l'Assemblée nationale vient de voter, 13 octobre 2026
- Au cœur du CHR — Titres-restaurant : les sénateurs favorables au double plafond, 5 novembre 2026
- Politique Matin — Le Sénat prépare l'examen de la réforme pour le 19 novembre



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